Aménagement

L’autonomie communale en matière d’aménagement du territoire est relativement limitée. Comment avez-vous pu défendre les intérêts de la Ville de Lancy pendant ces cinq ans de législature ?

Peu de gens savent en effet que les compétences en matière d’aménagement du territoire sont presque exclusivement cantonales. Cette autonomie communale est certes limitée, mais il n’en reste pas moins que les autorités lancéennes ont pris des décisions importantes en vue d’accompagner un développement de qualité pour les habitants actuels et futurs.

La Ville de Lancy connait un développement urbain significatif. Certains quartiers vont se densifier comme celui de Pont-Rouge, des Semailles ou encore de Surville. Ces développements porteront la population lancéenne de 33’000 habitants aujourd’hui à environ 40’000 dans les dix prochaines années.

 

Que peuvent faire les autorités face à l’augmentation de la population ces prochaines années ?

La question est de savoir si la Ville de Lancy doit être spectateur ou acteur d’un développement raisonné et de qualité. La marge de manœuvre de la commune étant limité étant donné que c’est le canton qui tient la truelle par le manche, la solution que je préconise, et qui a été employé durant ces 5 ans, est d’accompagner rigoureusement les développements urbains.

Le Plan directeur cantonal prévoit une densification de notre commune au travers des plans d’affectation. Si les autorités communales ont peu à dire sur le bâti nous avons heureusement notre mot à dire sur ce que l’on nomme les espaces non bâtis. Depuis le début de la législature je discute et négocie avec des promoteurs pour des espaces publics et privés ouverts au public.

 

Et qu’en pensent les acteurs privés de l’aménagement ?

Lors des séances de planification avec les promoteurs, les collaborateurs de la commune et moi-même avons senti que ceux-ci éprouvaient des difficultés à concevoir des espaces qui répondent à nos attentes et aux besoins de la population. D’où l’idée de créer un guide d’aménagement pour la qualité des espaces libres. Ce guide est un outil d’aide à la conception définissant clairement les objectifs communaux en matière de rôles et de qualité des espaces ouverts : espace libres, rapport au bâti, végétation, orientation, vues, déplacements, et équipement des espaces libres sont décrits.

 

Une partie de la population critique tout de même ce développement, allant même à taxer les élus écologistes de « bétonneurs ». Est-ce le cas ?

Nous habitons dans une région en forte croissance économique et démographique depuis de nombreuses années. L’attrayante fiscalité des entreprises, la qualité de vie, le niveau de formation et la localisation de la Suisse et de notre canton en Europe ont comme conséquence d’attirer des entreprises générant la création de PME et des emplois.

En tant que décideur politique en charge de l’aménagement du territoire, je me dois de tenir compte de ces différents paramètres.  Ce développement est critiqué car il n’est que trop peu souvent accompagné par de la qualité et c’est sur cela que nous nous devons en tant que responsable politique nous battre. Je comprends tout à fait une partie de la population qui critique un développement axé sur la quantité et non sur la qualité.

 

Cette législature aura été marquée par la mise à jour du Plan directeur communal. Quels en sont les réels enjeux ?

Le dernier Plan directeur communal remontait à 2009 après sa validation par le Conseil d’État. La Confédération a approuvé le Plan directeur cantonal 2030 avec quelques ajustements. Le canton a ainsi du intégrer certains enjeux et demandé aux communes d’effectuer une mise à jour. Dès le départ, mon objectif était de réaliser cette actualisation au travers d’une démarche participative pour que l’ensemble de services de l’Administration puissent établir un diagnostic, présenter les objectifs, les actions et les enjeux par thèmes permettant de les atteindre. J’ai aussi proposer au Conseil municipal que ce travail d’actualisation se fasse au sein de plusieurs commissions politiques et pas uniquement au sein de la commission de l’aménagement du territoire comme c’était le cas jusqu’à présent.

Le plan directeur communal est un outil d’aménagement offrant une vision d’ensemble du territoire. Dès le départ il me semble essentiel que le Conseil municipal puisse s’approprier cet instrument d’aide à la décision. Cette appropriation ne pouvait se faire selon moi que par une démarche qui implique l’ensemble des Conseillères et Conseillers municipaux. Les multiples séances en commissions thématiques notamment  à la commission de l’aménagement du territoire et l’assiduité dans le travail réalisé m’ont réconforté dans mon choix.

Cette démarche a pu par exemple déboucher sur de nombreuses discussions et débats sur le devenir des secteurs des zones villas à Lancy et de leurs densifications sans modification de zone. Les élu-e-s ont aussi pu discuter de patrimoine, de mobilité, de culture, de social, de sport et d’énergies notamment. Ces débats en commissions politiques ont nourri ce Plan directeur communal dont les travaux arriveront à échéance cette année sur la demande du canton.

 

Plus particulièrement, quels sont les enjeux liés à la « zone villas » à Lancy ?

Il existe sept secteurs en zone villas à Lancy. L’objectif tant du Conseil administratif que du Conseil municipal est de maintenir l’ensemble de ses secteurs tant que les potentiels de densification dans les différentes zones de développement ne seront pas épuisés. Ces potentiels étant encore significatifs, cela devrait préserver les zones villas de la commune.

Depuis quelques années on assiste à une accélération non planifiée de la densification dans certains secteurs de la zone villas. Cela se traduit par une forte demande en autorisation de construire dans plusieurs parcelles privées. Entre 2008 et 2017, il a été construit 14’000 m2 de surface brute de plancher (SPB) et ce chiffre est passé à 21’000 m2 de SPB à fin 2017 ! On assiste donc bien à une forte densification de cette zone. Le Conseiller d’État en charge du territoire s’est rendu compte de cette problématique et décision a été prise de suspendre (moratoire) les autorisations de construire tant que le Plan directeur communal n’aura pas fixé des règles.

A cela s’ajoute la stratégie du Conseil d’Etat consistant à modifier certains secteurs de zone villas en zone de développement. Il s’agit des secteurs proches des réseaux de transports publics et à proximité des infrastructures routières et ferroviaires tels que le Léman Express ou le tram. Le Conseil municipal peut refuser ces modifications de zone par préavis ce qu’il a déjà fait lors de cette législature mais c’est bien le Grand conseil qui décide en dernier ressort.

 

Pourquoi avoir créé l’évènement « Lancy Avant Demain » ?

Je souhaitais profiter de l’opportunité de cette mise à jour du Plan directeur communal pour informer les habitantes et habitants de Lancy. Il était important à mes yeux de sensibiliser la population à la thématique de l’urbanisme au travers d’un évènement particulier se traduisant par un jeu de rôle, des conférences et la présentation de la maquette 3D de la commune au 1/1000ème. Environ 2000 personnes ont visité l’exposition de Lancy d’Autrefois ainsi que la maquette 3D, c’est un beau succès.